L’ouverture de la truite 2015 a eu un effet retentissant  sur ma manière de pêcher : depuis le 14 mars, sur toutes les sorties pêche effectuées, très rares sont celles qui n’ont pas été consacrées à dame fario. Même si la prise d’un beau brochet ou d’une belle perche m’intéresse encore, il faut bien dire que la satisfaction apportée par la recherche et la capture des truites, c’est autre chose.

D’abord, il y a l’environnement : nous avons la chance de vivre dans une région ou les caches à truites ne sont pas trop éloignées. Moins d’une heure pour les Pyrénées et l’Aude, un peu plus pour le Tarn ou le Minervois. Ces derniers sont d’ailleurs connus pour abriter des populations indigènes de salmo trutta, des effectifs qui ont été protégés des alevinages ou des ré introductions de truite de souches différentes, ou encore d’arc en ciel et ombles de fontaine inadaptés au milieu. Chercher la fario par chez nous, c’est donc parcourir une belle rivière au milieu des roches, des gorges, des forêts.


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La  rivière, au grès de ses humeurs, rappelle parfois le soin apporté par les humains à la nature : les débris de plastique ou objets en tout genre que l’on trouve sur les berges s’amoncellent parfois pendant des mois avant d’être soit à nouveau charriés par une nouvelle montée du niveau d’eau, soit ramassés par de bonnes volontés bénévoles.

Ensuite, il y a le poisson lui-même : pour qui n’a jamais eu la chance de voir une belle fario, dont la robe varie avec le milieu, dont la ponctuation est faite de points rouges, noirs, parfois cerclés de blanc, parfois sans points rouges …je le lui souhaite de tout cœur. Avant de regarder la truite accrochée à l’hameçon, le plaisir de la voir évoluer dans son élément est immense. Camouflée sur le lit de la rivière, il faut un œil attentif et concentré pour réussir à la voir chasser en ronde, de poste à poste, dissimulée derrière une pierre, une souche, ou cherchant les alevins le longs des bordures.

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Mais revenons à nos poissons. Si brochets, perches et black bass ont eu mes faveurs depuis juin 2014, ce sont bien les farios qui me font tourner la tête aujourd’hui. Dissimulées dans des endroits magnifiques, ornées de jolies robes, et vigoureuses au bout de la ligne. Certains n’hésiteraient pas à dire que dans une assiette elles se défendent aussi très bien, pour ma part je trouve suffisamment compliqué de les attraper une fois pour me priver d’une potentielle prochaine capture en ne les remettant pas à l’eau. Comme dirait l’autre, c’est mon choix.

 

1.     En haute Garonne.

Domicilié à Toulouse, il était normal que ce département, somme toute proche des Pyrénées et traversé par de beaux cours d’eau de première catégorie, soit prospecté en premier lieu. Des lacs ou retenues d’eau de première catégorie y sont bien représentés. Certains auront même été visités avant le 30 mai (date d’ouverture des lacs d’altitude à plus de 1000m) et nous aurons réservé de jolies surprises.

Inutile de cacher le nom de la rivière qui aura fait l’objet du plus gros des sorties : la Garonne. Une ouverture réussie en mars, qui me laissera quand même un goût amer, après avoir découvert que la plupart des truites présentes ce jour proviennent de la pisciculture de Soueix, aura quand même eu le mérite de m’encourager à trouver de nouvelles truites en les cherchant dans des portions plus sauvages ou dans les affluents de la Garonne, sur les conseils de Matthieu, et souvent suivi par Renaud. Si les truites sauvages (disons à minima, celles qui sont nées dans la rivière) se sont faites rares, les poissons de cirque auront au moins eu le mérite de me faire patienter.

Cette truite avait le dos sombre, une robe grise, de longues nageoires pectorales et surtout, n’arborait pas l’embonpoint des poissons de bassin, nourris à leur faim pendant que leurs cousines passaient l’hiver dans de l’eau bien froide, au régime. Je ne peux pas affirmer qu’il s’agisse d’une fario « de souche », mais la probabilité pour qu’elle soit née et qu’elle ait grandi dans la Garonne est bonne. [NDR : quelques mois plus tard, je prendrai au même endroit toute une série de truitelles à la même robe. Il est fort  probable que la souche de cette truite soit une fois encore la pisciculture de Soueix, et que la raison de la présence de ces truitelles soit un ré empoissonnement suite aux crues de 2013].

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En revanche, voici un poisson dont la provenance ne peut laisser que peu de doute : poisson « bien portant », robe gris clair avec beaucoup de points rouges … et surtout, une ressemblance étrange avec celle-ci (même robe, même taille). Les poissons de pisciculture, en plus d’avoir le profil de la ponctualité à l’heure des repas, se ressemblent beaucoup.

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En cherchant bien, je tomberai sur des spécimens de belles tailles, aux provenances diverses. Capturée dans une retenue d’eau, ce poisson s’est sans doute échappé d’une pisciculture espagnole. Ses nageoires sont dans un état déplorable, son ventre gras montre ce qui ressemble à des reflets de cellulite. Pas vraiment un beau poisson. Le même jour, Renaud capturera ce beau poisson, à l’allure assez particulière. Peut-être que l’eau peu courante ou nous l’avons prise ne l’amène plus à se déplacer suffisamment pour garder l’allure d’une truite sauvage. Pourtant, ses nageoires étaient intactes … adaptation au milieu semi-clos ?

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Ce nouveau spécimen a été capturé dans un profond de la Garonne, dans lequel le courant est assez soutenu. Une ligne plus élancée, une tête relativement grosse par rapport au reste du corps … je n’ai pas pu soigner la photo et on voit peu ses nageoires, mais elles étaient intactes. Peut-être un poisson introduit il y a longtemps et qui a passé un moment dans la rivière, peut être un poisson né dans le milieu …

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Au global, la Garonne m’apportera son lot de satisfactions mais aussi de déceptions. La fonte des neiges teindra sa couleur et abaissera sa température pour une durée d’environ 3 semaines à un mois, remettant les truites en fonctionnement hivernal, chassant peu et occasionnant ainsi plusieurs bredouilles successives.

C’est alors sur les affluents que ma recherche se portera, ainsi que dans d’autres départements, qui feront l’objet d’autres paragraphes. Là, je serai moins extensif sur les détails géographiques des rivières fréquentées, désolé. Je veux bien partager mes impressions, mais la pression de pêche est telle de nos jours que protéger les sites me parait essentiel si l’on veut protéger les populations de truites. Disons simplement qu’un certain nombre de rivières du 31 n’est pas soumis à la fonte des neiges … et que toutes leurs portions ne sont pas alevinées. C’est dans l’un de ces affluents que j’approcherai pour la première fois de manière régulière des poissons sauvages, à la robe splendide. Sept sorties pendant lesquelles je me casserai les dents sur la clarté de l’eau me feront entrevoir la beauté de truites zébrées, mouchetées et de couleur brun clair. La huitième sera la bonne. Sur cette portion peu profonde, les leurres coulants, flottant et vibrant ne déclencheront rien d’autres que des suivis, non ponctués d’attaques. C’est avec des toutes petites cuillers que je réussirai à mettre au sec ces belles farios, en zig zagant entre les pierres et en changeant de veines d’eau :

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Puis, dans un autre affluent de la Garonne, la curiosité sera une bonne qualité. En me rendant à l’aérodrome pour une belle journée de planeur, je prendrai quelques minutes pour lancer rapidement un d contact et une cuiller sous un pont, et capturerai deux truites semblables à celle-ci.

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Pas les plus jolies truites que j’aurais vu cette année, mais au moins la satisfaction de prendre une truite non issue d’alevinage.

2.     Dans les Pyrénées Orientales

On parle beaucoup du lac des Bouillouses et de sa population de truites arc en ciel, issue de reproduction naturelle. Elles cohabitent avec des farios, qui elles aussi ont une reproduction naturelle annuelle dans ce plan d’eau. Au cours d’un stage de vol à voile à la Cerdagne, l’occupation du temps par le planeur ne me permettra pas de monter jusqu’au lac, mais lors d’une journée sans vol, d’aller sur les berges de la Sègre, côté français, ou je prendrai 5 truites … dont je n’ai hélas pas de photo. Peut-être cela vient-il du fait qu’elles ne sont que des souvenirs, mais je crois bien que ce sont les plus jolies que j’ai prises en 2015. 

Après une période de plusieurs échecs en Haute Garonne, ces prises me remotiveront, et la recherche des plus belles truites se poursuivra.

3.     Dans l’Aude

Certains blogs ont déjà nommé les rivières à truites de ce département, et c’est grâce à eux que j’ai pu m’y orienter (shoukrane !). Néanmoins, pour protéger les portions en gestion patrimoniales qui abritent des poissons de souche préservées, je garderai sous silence les sites exacts ou les truites ont été trouvées.

La recherche a commencé un jeudi venteux et pluvieux du mois de mai, sur deux rivières proches de Montolieu. A cette occasion, je me ferai violence et essaierai une nouvelle fois la pêche au toc, que j’abandonnerai rapidement à cause du manque de praticité de ma canne téléréglable : le peu d’anneaux disponibles sur cette canne fait que le nylon glisse très mal, et lorsqu’il est mouillé, il se colle aux éléments de la canne. Impossible alors de lancer efficacement et de faire de belles dérives dans le courant. De plus la rigidité et la lourdeur de cette canne du début des années 1990 me feront rapidement regretter la légèreté de mon lancer. Enfin, la pluie et l’humidité retenue dans la végétation me tremperont jusqu’aux os, gâcheront la partie et me feront abandonner rapidement. A ce moment-là, je n’avais pas encore de cuissardes.

Une pause déjeuné à la voiture, et un peu d’exploration m’amèneront en aval du lieu prospecté. Le temps s’améliore un peu, quoique les averses et les rafales ne manquent pas. Environ 3h de prospection au toc ne me feront rien prendre de plus qu’une fario non maillée, et pour finir un barbeau d’environ 30 cm … trempé, frigorifié, j’abandonne et me rabat vers ce qui aurait dû être le meilleur choix de la journée.

La route pour rejoindre cet endroit est sinueuse, et parcourir les 15-20 km qui m’en séparent prendra un certain temps. Temps allongé inexorablement par une course de vélo … je perds patience et décide de rentrer.

Ce n’est qu’un mois plus tard que je comprendrai que j’avais fait le plus dur, et que patienter quelques centaines de mètres de plus m’aurait ouvert de bien belles portes. En examinant la carte halieutique de l’Aude et en glanant quelques informations sur le web, je trouverai une réserve qui traverse un village et y ferait un piquenique. Un rapide coup d’œil me permettra d’y repérer de superbes truites, au premier abord très similaires à celles de la Sègre. 

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Je n’hésite donc pas une seconde et longe la rivière jusqu’à trouver un secteur qui ne soit ni réserve, ni pêche gardée (misère …). Une fois un secteur favorable trouvé, l’attente ne sera pas longue avant de trouver les poissons ; je lance dans un premier temps une petite cuiller-mouche tournante, taille 0, héritée de mon grand-père. Si sa palette et sa mouche sont intactes, son hameçon triple a perdu de son piquant et le premier lancé, qui voit pourtant le premier poisson mordre, se solde par une décroche d’un poisson maillé. Zut ! Je remets ça, sur le même radier, et re décroche. Ça ne peut pas durer. Le fond à l’air propre, la rivière est peu profonde, c’est donc une situation propice à l’emploi de leurres plus modernes et plus onéreux, que je pourrais toujours aller décrocher sur la berge d’en face ou en plongeant le bras dans l’eau. C’est donc un d-contact en taille 5 cm que je lance sur le même radier, et dès le premier lancé, cette belle truite se fait prendre. 3 autres suivront. Pour le fun, j’ai relancé la cuiller de Papy dans un ou deux trous d’eau, et ai pris deux nouvelles décroches … un passage chez le détaillant pêche du coin me permettra de renouveler cette cuiller efficace par le même modèle, doté d’un hameçon neuf.

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Ça mérite une petite parenthèse sur le matériel employé, notamment les leurres.

En fait, je pense que les leurres onéreux comme le d contact (exemple) permettent de faire ce que font déjà les moins chers, comme les caperlans ou les cuillers tournantes. Du coup, on se retrouve avec un contact à couvrir l’ensemble des possibilités qui pourraient être offertes pour 5 fois moins cher dans une proportion de cas assez importante, et ça fait cher le leurre et la prise de risque avec.

Mais il y a un autre aspect à considérer, qui est ce que permet de faire « en plus » un leurre comme le contact : pêcher profond dans les eaux vives, ne pas décrocher / déraper face au courant, continuer à bien garder son équilibre en dévalant le courant. Autre exemple : les spinmad. On atteint rapidement la profondeur de pêche, et on peut agrémenter les animations de jigs, ce qui est bien intéressant.

Pour résumer, bien sûr le prix des leurres est important et oui, les meilleurs marchés offrent de belles possibilités. Mais il ne fait aucun doute que les leurres « chers » (d-contact, ito craft) ont une réelle valeur ajoutée technique, qui permet de débloquer des situations dans les lesquelles un barn 40, une black fury ou même un rapala countdown ne pourront pas grand-chose.

Fin de la parenthèse.

4.     Dans les Pyrénées Atlantiques.

La vie toulousaine, avec ses weekends planeurs à St Gaudens et pêche un peu partout, est ponctuée de retours à Pau, environ toutes les 5 semaines. L’occasion d’aller revisiter les cours d’eau de mon enfance, les gaves et leurs affluents. J’étais assez refroidi à cette idée, car pêcher ces rivières n’est pas simple : du gros débit, des niveaux changeants et des truites très très très difficiles. J’ai notamment comme exemple en tête le Néez, qui passe derrière la maison de mes grands-parents. Lorsque j’étais petit, le taux de réussite était de 8 bredouilles pour une non maillée et une maillée. C’est encore le cas au moment où j’écris ces lignes, puisque, seul ou avec le frère de Nelly, je n’y verrai ni n’y prendrai aucune truite.

Le gave d’Ossau, et l’une de ses retenues me donneront un peu plus de succès, en me permettant de prendre cette truite.

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De prime abord, je me revois et me ré entends au bord de l’eau en train de dire « c’est une arc en ciel ?! », à cause de sa couleur à dominante grise et de son ventre. Une fois le poisson sur la berge, je comprendrai qu’il s’agit bien d’une fario. Mais ses nageoires et son embonpoint m’amèneront à vérifier auprès de la fédé du 64 la provenance du poisson : et il s’agit bien d’une sauvage, l’Ossau et ses barrages n’étant pas empoissonnés. Ben bien, le régime semi lacustre !! Puis sur le Lourdios je prendrai une superbe truite sauvage, à la robe franchement différente de celles prises dans le 31 ou dans l’Aude, mais je n’aurais hélas pas le temps de la prendre en photo, elle se décrochera rapidement.

C’est sur le gave de Pau et sur le Néez que la fermeture de la truite se fera. Le Gave me fera faire presque capot, encore une fois, avec quelques perches mais zéro truite. Hors sujet, c’est sur le Néez que j’irai me recentrer avec insistance. Cette même insistance qui me fera accrocher une truite de 50 cm environ, cette même insistance qui fera que cette truite défendra sa peau en se logeant dans des branches, cette même insistance qui fera que la truite se décrochera … j’aurai eu le temps d’apprécier ses couleurs : franchement jaune et grise pour la partie ventrale, peu de points rouges et de grandes et belles nageoires.

La saison truite 2015 se terminera donc sur un goût de reviens-y, avec pour objectifs en 2016 de ne plus perdre mon temps sur la Garonne et les gaves en période de fonte des neiges, de continuer à explorer la montagne noire et surtout, de réussir à prendre un bon gros parpaing. Et si le temps, ressource ô combien précieuse, me le permet, pourquoi pas de se lancer dans l’aventure de la pêche à la mouche …