Il y avait très longtemps que l’idée de refaire l’ouverture de la truite ne m’avait pas traversé l’esprit. Les souvenirs que j’en ai reposent sur des captures de poissons de pisciculture, alevinés dans des lacs de seconde catégorie. Quand j’avais 12 ans, ça m’amusait, mais 22 ans plus tard, c’est terminé : si truite je dois pêcher, je veux que ce soit de la fario de souche.

Je pars donc avec un handicap conséquent : la fario n’a jamais été un poisson dont je maîtrise les techniques de pêche. Il m’est arrivé d’en attraper, rarement en les cherchant, parfois par accident. J’ai donc un doute sérieux sur ma capacité à trouver les poissons pour le 14 mars 2015. Comme souvent, mon pote Renaud m’accompagne. Pour lui, la fario représente une nouveauté, mais il l’aborde avec davantage de simplicité, et de curiosité : n’ayant aucune idée de comment la pêcher, il prendra une canne sans moulinet, une bannière de 16/100 et des appâts naturels, pour essayer de découvrir la pêche au toc. Pour ma part, c’est au lancer que je chercherai les belles mouchetées. J’ai préparé quelques cuillers et poissons nageurs, en espérant ne pas en perdre trop.

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Avant de se retrouver au bord de l’eau, il aura fallu trouver un site de pêche qui convienne. Les crues hivernales et la température de l’eau laissent penser que les rivières des Pyrénées seront froides, encombrées et difficiles à pêcher. C’est donc sur la région de la montagne noire, après un repérage sur Google map, que Renaud et moi jetons notre dévolu.

La veille du jour J, une dernière mise au point sur la logistique (casse-croûte, transport) met au jour un souci de taille : Renaud n’a pas l’extension de réciprocité à son permis de pêche. On ne pourra donc pas pêcher ensemble ailleurs qu’en Haute-Garonne, et c’est finalement sur la Garonne que nous choisissons de pêcher. Et il faut être lucide : tout le Comminges et une partie de la région toulousaine seront présents sur les berges pour cette journée.

Départ à 7h15 de toulouse, et direction Clarac, juste au sud de l’aérodrome. Nous tournons un petit quart d’heure avant de trouver un pont et des berges quelques peu accessibles, et pas très propres : les crues ont charrié sacs en plastiques, tissus et objets divers (j’identifierai même un robinet au bord de l’eau). Mais la rivière semble propre, il n’y a pas d’obstacles – visibles – et je ne vois rien qui ressemble à du plastique dans le courant. Bref, nous faisons abstraction des salissures des berges pour nous concentrer sur le fond de l’eau et essayer de trouver les poissons, et rapidement, Renaud remonte une première truite ! Cela fait à peine 10 minutes qu’il a jeté sa ligne et le premier poisson de la journée est au sec. Je suis content pour lui, d’autant qu’il a attrapé cette jolie fario au nez et à la barbe de spécialistes de la pêche au toc lourdement équipés.

Pour ma part, j’enchaine les tests de poissons nageurs, et c’est avec un petit spinnerbait booyah que la première truite se manifestera, mais sans mordre à l’hameçon. Elle se contentera de suivre le spinner jusqu’à la berge, sans doute par curiosité. Je reste donc motivé. Mais la météo va apporter un doute sérieux : il fait déjà frais, et à la pluie fine qui tombe depuis quelques minutes se mêlent des flocons de neige gros comme des steaks hachés. Je décide de traverser la rivière et de me mettre à l’abri sous la pile du pont. Pas de poisson pendant une demie-heure, mais je reçois la visite d’une habitante des lieux, curieuse de voir tout ce monde affairé au bord de l’eau : une belette me fera le plaisir de trois visites, avant de regagner son terrier et de rester au chaud.

Le froid commence à devenir vraiment … très froid. Renaud me rejoint à ce moment-là : il a attrapé sur la berge opposée un second poisson et en a décroché deux autres. Je suis toujours bredouille et commence à douter. Du coup je cherche des prétextes : le site ne marche pas, je n’ai pas de canne au toc, je ne connais pas bien la fario, et il fait trop froid. La dernière excuse étant partagée, et le site commençant à vraiment se charger de pêcheurs, nous nous déplaçons vers Gourdan. Et alors là, si vous n’avez jamais vu un concours de pêche … c’était pareil. Sur une centaine de mètres, un pêcheur tous les 5 mètres ! Impossible de se faire une place. A côté de la Garonne se trouve une petite flaque d’eau, de quelques dizaines de mètres carrés. J’y jette par dépit un rapala … et ramène mon premier poisson. Un examen rapide me permet de l’identifier formellement comme étant une fario … de pisciculture. Nageoires courtes, nez rouge … et ce n’est pas bon pour mon moral. Les poissons de Renaud sont eux des farios sauvages …

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Il est temps d’aller se restaurer pour recharger les batteries, et organiser l’après-midi. D’autant que j’apprends en retournant vers la voiture que pêcher aux leurres là où j’ai pris ma truite de cirque est interdit … Bref, pour le moment, ce n’est pas mon jour, et la pause déjeuner restera sur le même ton : un coup de fil avec une grande enseigne de marchand de meubles suédois ne me permet pas de résoudre un problème qui traine dans le montage de ma cuisine … Décidément, il est urgent de se changer les idées.

Nous décidons de rester sur la Garonne, mais d’aller voir plus au sud, dans le relief, ce qui est possible. Plusieurs étangs attirent notre attention sur la route qui mène à St Béat, mais la malédiction continue : ils sont privés et embassinnés de poissons d’élevage. Les plans d’eau sont donc abandonnés au profit de la rivière. Une rapide prospection nous amène vers ce qui sera un super coin à truites : un virage de la Garonne, avec un courant fort, génère sur une berge un contrecourant. Celui-ci, en remontant le long d’une berge, a creusé une fosse, ou il rejoint le courant principal. Et il ne faudra pas longtemps avant que Renaud ne capture une nouvelle fario, suivi quelques secondes plus tard d’un poisson pour moi aussi ! J’examine ce poisson : il a des points noirs et rouges, une robe grise-jaune mais les nageoires abimées. Je sais que l’aappma de St béat a pour habitude d’alimenter la Garonne, mais la robe bien mouchetée et le nez non abimé de ce poisson me laissent un doute quant à sa provenance. J’ai capturé ce poisson grâce à un poisson nageur caperlan, modèle barn 40 en colori truite.

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Quelques secondes plus tard, toujours avec le même poisson nageur, je prends un nouveau poisson : 38 cm !!! je n’ai aucun doute sur la provenance de celui-ci. Nageoires intactes, robe bien grise … je suis certain d’avoir pris une fario autochtone.

 

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Encouragé, je décide d’utiliser un leurre différent : un vibrax bluefox, une sorte de cuiller tournante à laquelle a été ajouté un corps de poisson nageur sans bavette. Dès le premier lancer, un poisson mord … Renaud assiste à la scène, et prends lui aussi un poisson avec les teignes. Un autre poisson pris avec le vibrax le décide à aller chercher son lancer dans sa voiture et à venir essayer  de prendre les truites avec ses poissons nageurs. Le temps qu’il fasse le petit aller-retour, je capture deux nouvelles truites, et en loupe plusieurs, qui se décrochent des hameçons. A cet endroit, nous prendrons au total 8 poissons en une heure … l’activité se calmant peu à peu, nous décidons de changer de site, et quelques centaines de mètres plus bas trouvons une belle structure (un barrage) à côté de laquelle sont postés plusieurs pêcheurs. Hélas tous les postes sont pris. Mais une bonne averse de grêle fera partir les occupants, nous laissant donc cette place de choix. Une prospection rapide ne donnera rien, et ce n’est que quelques minutes avant de décider de partir que ce magnifique poisson de 38 cm viendra taper mon poisson nageur barn 50 colori ayu de chez caperlan. Selon moi, le plus beau poisson de la journée.

 

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Un dernier poste sera prospecté quelques kilomètres plus bas, sans résultat. De plus je commence à fatiguer, je glisse sur un caillou, tombe en cassant ma montre  … il est temps de rentrer.

La journée n’a pas été des plus simples côté météo, et trouver les poissons n’a pas été chose facile. Mais nous avons quand même pris douze poissons, dont un seul avéré de pisciculture, et peut être deux. Le plaisir que nous a donné la recherche de ces belles truites a été immense : ces poissons, à taille égale, se débattent bien plus fort que les perches, et je serai tenté de dire plus que les brochets (à taille égale). Je serai d’ailleurs surpris d’apprendre qu’ils sont capables d’atteindre 37 km/h dans le courant !!!

 Le lendemain, je ferai une nouvelle tentative sur le même parcours, dans l’après-midi. Seuls trois poissons se montreront, entre 22 et 30 cm. Je pense d’ores et déjà à mon prochain retour dans la famille, dans les pyrénées atlantiques : le Néez sera exploré, et j’espère bien y trouver les belles farios que j’avais tant de mal à pêcher lorsque j’étais petit.