Si l’on s’en tenait au planning d’Atlantide Plongée, Arnaud et les autres devaient plonger au Cap Creus en juillet 2014, pendant que j’étais aux Açores. C’est en rentrant à Toulouse, en Août, qu’un numéro de l’émission « des racines et des ailes » consacré à la chaîne des Pyrénées allait me mettre sous le nez ce que je pensai alors avoir loupé. Car oui, le Cap Creus peut être considéré comme le début ou la fin du relief pyrénéen. La frontière administrative installée sur cette barrière naturelle entre la France et l’Espagne y a sa première (ou sa dernière ?) borne installée. L’endroit est également célèbre pour son club med qui y a été démantelé dans les années 1970. Le club s’était installé là dans les règles, c’est-à-dire sans permis de construire, au milieu d’une réserve naturelle … et un effort financier considérable a permis de rendre à l’endroit tout son aspect sauvage, ou presque : le chemin bétonné ainsi que quelques escaliers et un quai ont été conservés. En revanche, il est strictement interdit de quitter le sentier et d’aller marcher dans les rochers ou la végétation. On ne peut pas tout avoir. Bref, vu les images diffusées par France 3, je me promettait de ne pas louper la sortie de l’année suivante sur ce site de plongée.  

Aussi, lorsqu’Arnaud, lors d’une sortie le 30 aout à Banyuls m’annonçait que les plongées à Creus n’avaient pas eu lieu faute de participants et qu’il les reprogrammait sur mi-septembre, je sautais sur l’occasion. De plus je venais  tout juste de retrouver Nelly après presque 15 ans de perte de vue entre Pau et Toulouse, cela nous ferait un petit weekend sympa pour fêter les retrouvailles.

Logé comme d’habitude dans le chouette petit hôtel Canal (50 euro avec petit dej / nuit pour deux, dans un hôtel kitschissime et mignon comme tout) le weekend avait commencé le vendredi soir par une soirée en amoureux comme on les aime : plus aucun restaurant ouvert, nous avions alors pris une pizza … dans un distributeur de pizza congelées, qui vous les sert réchauffées, comme un distributeur de billets !! Heureusement un bar sympa a accepté de nous prêter une table, moyennant le fait que nous prenions un verre chacun. Après le trajet depuis Toulouse et ce repas gastronomique, il était temps d’aller se coucher, car le lendemain, le réveil sonnerait à 6h pour préparer la journée en mer.

Lieu de rendez-vous : Cerbère. Arnaud et les autres moniteurs sont déjà présents, et la tension est palpable. Il ne faut rien oublier le matin, car après un trajet de mer d’une heure, on ne retournera pas le récupérer ! Nelly participe spontanément au chargement du bateau, alors qu’elle ne plongera même pas … cette fille, c’est un bijou.

Sans être forte, la mer est quand même formée. Un petit mètre de houle avec une longueur d’onde pas très longue, sur notre coquille de noix qui diffuse des émanations de diesel et un niveau sonore relativement fort. Des estomacs commencent à accuser le coup, et il devient urgent pour leur propriétaire de regarder loin sur l’horizon s’ils ne veulent pas faire don de leur petit déjeuner aux poissons. Une heure de trajet plus tard, nous arrivons à Maça d’Or. Les palanquées sont annoncées, je plongerai avec Florence, monitrice compétente et sympathique avec laquelle je me sens en sécurité. Mais encore une fois, une montée de stress se fait sentir sur le bateau. Il y a beaucoup de groupes de plongeurs, autant de bateaux et Arnaud cherche une mise à l’eau facile pour tout le monde. Alors qu’il passe les consignes à Florence, un créneau de mise à l’eau se présente, et il faut être prêt très vite. J’accélère l’équipement, et j’accélère tellement que je saute une étape : j’oublie ma ceinture de plomb. Et ce n’est bien sûr qu’à l’immersion que je m’en rendrai compte … heureusement Florence s’en aperçoit vite, elle s’agrippe à moi et m’aide à descendre. A 20m de profondeur, la pression sur le néoprène de ma combi est telle que je ne remonte plus comme un bouchon.  

 Et là, la magie commence … des bancs de centaines d’anthias, des poissons qui ressemblent aux castagnolles, nous accueillent. Ils sont de couleur rose – orange, avec deux magnifiques voiles en guise de nageoires pectorales.

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Avec eux, des sars, des daurades, des bars, des saupes. Des gorgones tapissent les murs de la Maça d’Or, à traduire par la table d’or. Elles ressemblent à de grandes fougères, et sont de couleur violette ou jaune. Mais le meilleur reste encore à venir. Cela commence par un banc d’énormes mérous. En comparaison avec la taille des carpes qu’il m’a été donné de voir ou capturer, je dirai que les plus petits pèsent leur dizaine de kg, et que les plus gros dépassent sans aucun doute possible la barre des 40 kg. Alors que nous les approchons, l’un d’entre eux déploie toutes ses nageoires et se fige face à nous, et adopte différents changements de postures saccadés. Défense territoriale ? Je remarque qu’il a une couleur plus claire que ses congénères.

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Plus loin, le  défilement de particules nous indique qu’il y aura du courant : Florence me montre le récif que nous allons atteindre après avoir traversé ce courant, en se tenant parfois au fond, vers 19m. A la force des bras, nous traversons un peu comme on monte à l’échelle, sans les pieds. Mais l’effort vaudra le coup. Derrière le récif, à l’abri du courant, c’est le repaire des prédateurs : des dizaines de barracudas nagent en file indienne, dans la plus grande des sérénités. Ils mesurent entre 50cm et 80cm. Leur allure peut rappeler celle du brochet, d’ailleurs … Nous contemplons le défilé pendant quelques minutes, en remplissant les cartes SD du numérique et de la gopro.

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Et il est temps de remonter.

La pause déjeuner s’effectue dans une magnifique crique rocheuse. Nelly peut s’y baigner à loisir, et tout le monde fait la sieste, avant de partir vers un second site de plongée : une cassure à 10m de profondeur, donnant sur une crevasse. Là, c’est clair, il y aura du spectacle. Les habitants les plus notables de ces lieux seront sans aucun doute un magnifique poulpe, des nudibranches dalmatiens mais surtout de beaucoup plus gros barracudas : jusqu’à 1m20 environ. Ils ne sont pas menaçants du tout, et se laissent croiser comme leurs congénères vus ce matin même. La plongée est faite avec Gérard, le père d’Arnaud. A la surface, j’entends le bateau aller et venir … Nelly m’apprends une fois remonté à bord qu’Arnaud, à la barre, tournait en rond au-dessus du site pour éviter que d’autres bateaux peu précautionneux ne s’approchent trop prés.

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La seconde journée de plongée nous permettra d’approcher une nouvelle fois la même faune et flore. Je suis encore dans l’émerveillement à l’heure où j’écris ces lignes, en me remémorant ces 4 plongées.

Histoire de rigoler un peu, il y a une dernière chose qui mérite d’être racontée. La plongée est un loisir qui permet d’amener du monde avec soi, moyennant de la place sur le bateau. Ce n’est pas le cas du planeur, les planeurs biplaces étant majoritairement utilisés pour l’école de pilotage ou les vols partagés par les pilotes chevronnés. Bref, ce jour-là, il y avait de la place, et j’ai pu amener ma copine. Et je ne suis pas le seul à avoir eu cette idée : Philou, membre du club de plongée, a lui aussi amené son épouse, Corinne. Pauvre Corinne … si elle avait su ce qui l’attendait … Monter sur le bateau ce jour-là, c’était s’embarquer pour une journée complète de mal de mer ! Migraine, nausée, toute la journée. Il y a bien eu la pause dans la crique, ou nous espérions pouvoir nous mettre à quai et descendre du bateau, mais le quai était occupé. Pauvre Corinne … c’est à la nage qu’elle regagné la terre pour souffler un peu. Et puis le bateau allait repartir, alors il a bien fallu qu’elle re nage vers le bateau pour remonter à bord, en s’escagassant au passage le tibia contre l’échelle perroquet. Ré embarquée pour quelques heures de mal de mer, Corinne a ensuite profité des effluves de champignon pourri dégagées par la combinaison de son mari, non rincée et non séchée de plongées datant de deux semaines …

 

Heureusement, pour la soirée, Philou avait amené un livre.