C’est le grand jour. Gary m’a demandé d’être prêt pour 5h du matin afin de mettre le cap sur Banco Condor, un autre site de plongée situé à environ 3h30 de mer. Mais nous sommes anxieux : ces 4 derniers jours, les autres opérateurs de plongée ont aperçu en tout et pour tout, au total, strictement zéro requin. Ni peau bleue, ni mako, rien de rien. Pour ne rien ajouter de bon, la mer est formée. Des creux allant jusqu’à 1m, et une houle à la longueur d’onde courte … le mal de mer s’ajoute au mal de ventre de l’anxiété de rentrer sans ne rien avoir vu. Les relevés de température d’eau montrent qu’elle est encore un peu fraîche pour la période, et la nourriture y est encore très abondante. Peut-être que les requins ont encore assez de nourriture sans avoir à la chercher, et que le chum (jus de maquereau répandu dans l’eau près du bateau de manière à éveiller leur odorat) n’éveille pas leur intérêt. Mais peut-être pas...

Comme pour Princess Alice, dauphins et puffins accompagnent le bateau. Un souffle de baleine sera même repéré.

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Banco condor est enfin atteint. Il s’agit d’une faille géologique au-dessus de laquelle de nombreuses espèces de poissons ont élu domicile. Pour les prédateurs, c’est un terrain de jeu idéal.

D’autres bateaux de plongée sont sur place, mais par radio ils nous annoncent n’avoir rien vu. Nous sommes vraiment inquiets, mais décidons de tenter notre chance. Pour cette fois, le bateau n’est pas ancré mais laissé à la dérive, en trainant derrière lui une trainée de jus de maquereau, préparée par Michael. Depuis le pont supérieur, Tom et moi guettons l’horizon. J’ai pratiqué la même approche à Gansbaai avec les requins blancs, et là-bas, l’attente n’était jamais plus longue qu’un petit quart d’heure. Mais là, ça ne prend pas. Une heure s'écoule sans que rien ne se passe.

Michael appelle Tom, et lui propose :

« Tom, on attends encore 20 minutes de plus et …

-       Shark ! shark ! » réponds Tom, en descendant les escaliers rapidement.

Un peau bleue d’environ 2m vient renifler le tube percé par lequel le chum s’écoule. Il tourne rapidement autour, et s’en va. Nous attendons, et nous nous préparons en même temps.

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Prêt à plonger, pack sur le dos, nous attendons le retour du requin bleu. Il tarde. Il tarde tellement que le pack devient trop lourd. Nous nous déséquipons. C’est le moment que choisit le requin pour revenir, accompagné cette fois ci d’un collègue. Le second est plus grand, un bon 2m50. Prêt à plonger, nous sommes sur la plateforme arrière. Je suis avec Steeve, un plongeur anglais très sympa, lorsque Tom nous dit de stopper. Les requins sont partis … ce petite manège se reproduira encore 3 fois, entre lesquelles Tom se met à l’eau, curieux de comprendre ce qui se trame là-dessous. Il refait en surface en nous disant qu’il n’y a rien à voir, mais que nous pouvons nous mettre à l’eau et attendre. Pas besoin de nous le dire deux fois. Nous sommes venus voir les requins, nous préférons les attendre sous l’eau que sur le bateau.

Une fois dans l’eau, comme pour Princesse Alice, nous nous tenons à des cordages et attendons. Rien ne se passe. Il faut attendre.

Tom et Steeve regardent dans une direction, moi dans l’autre, face à face, de façon à éviter toute les surprises possibles. Au moment où je les prends en photos suspendus à leur bout, Tom pointe du doigt quelque chose :

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Et nous allons avoir l’explication au manège des requins : un groupe de dauphins en chasse croise à toute berzingue devant nous. Les requins bleus n’ont pas le dessus avec les dauphins, et ils leur ont certainement cédé le territoire de chasse. Inutile d’attendre plus longtemps dans ces conditions, les requins sont loin maintenant.  Pour qu’ils restent, il aurait fallu que la zone regorge de nourriture, comme dans le sardine run en Afrique du sud ou se mêlent requins, dauphins, baleines, otaries et fous de bassan. Mais ici la ressource est plus rare, et la place pour la suprématie de la chasse plus chère.

Mais bon, nous avons tout de même pu voir deux requins bleus, nous les avons cherchés et trouvés, ce qui est déjà un succès en soit. Et bien entendu il n’en faudra pas plus, lors du débriefing avec Gary, pour que je lâche « je reviendrai l’année prochaine ». Avant de rentrer en france,  nous apprenons qu'une activité sismique a été ressentie sur la faille de banco condor : ceci peut aussi expliquer l'absence des requins les jours précédents cette plongée.

Et pour l’été prochain, Nelly et moi avons choisi comme destination de vacances : les Açores. Donc …